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  • On ne peut éternellement se contenter de regarder les cadavres passer sous les ponts, par Eric de Montgolfier

    On ne peut éternellement se contenter de regarder les cadavres passer sous les ponts, par Éric de Montgolfier, Cherche-Midi, 2017, 59 p., 8,20 €.

    « Mais, pour l’honneur de la République, il vaudrait mieux qu’aucun des candidats à sa présidence ne soit un délinquant. Si la femme de César devait être plus vertueuse que celui-ci, il resterait à rêver d’un code de déontologie pour celui dont la fonction exclut indiscutablement le soupçon ».

    Un jour, cela fait déjà un temps, Michel Franchimont a cité au jeune coq, va-t-en-guerre voire boutefeu, que j’étais (et suis peut-être encore un peu ?) cette maxime de Lao Tseu :  Si tu as un ennemi, assieds-toi au bord du fleuve, tu y verras passer son corps.

    L’ami Bernard me rappelle souvent que, lorsque je lui avais raconté cet épisode, j’avais ajouté, un peu énervé, que si chacun s’asseyait au bord du fleuve, on n’y verrait pas passer beaucoup de corps.

    C’est manifestement ce que s’est dit Éric de Montgolfier, ancien Procureur de la république à Nice et grand pourfendeur de la corruption, lorsqu’il a pris la plume pour nous faire partager ses états d’âme. Ce pamphlet a été écrit alors que les primaires de la droite battaient leur plein. Il n’imaginait sans doute pas que ce n’est pas celui auquel il pensait qui l’emporterait, ni que sa femme s’appelle Pénélope …

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  • Barcelone, le soleil, le droit des jeunes et la F.B.E.

    Le bâtonnier Oriol Rusca

    Barcelone, le soleil, le droit des jeunes et la F.B.E.

    La rentrée de Barcelone c’est comme le printemps qui revient. On monte dans un avion sous la drache nationale et, trois heures plus tard, on mange des tapas sur une terrasse avec vue sur la Sagrada Familia …

    Puis, il y a une séance de rentrée, un peu longuette. Défilent les stagiaires de l’année (heureusement représentés par deux d’entre eux, car ils sont un bon millier), les jubilaires de 25 (près de deux cent), 50 (plus de vingt-cinq) et 75 (ils sont encore trois !) années de pratique, ainsi que ceux auxquels le barreau rend un hommage spécial. Cette année, l’O.N.G. Proactiva Open Arms, qui tente de recueillir en mer un maximum de réfugiés, figurait au rang des lauréats, ce qui constituait une belle introduction aux travaux du lendemain.

    Le samedi, après un banquet au cours duquel nous n’avons guère eu l’occasion d’éprouver la solitude, séance traditionnelle de travail. Les Trobades de Barcelona rassemblent les bâtonniers du monde depuis 1984 pour des échanges sur des sujets d’actualités. Depuis 1988, ils sont rebaptisés Mémorial Jacques Henry, en hommage à celui qui, à l’époque, avait soufflé au bâtonnier Antonio Plasencia l’idée de ces rencontres.

    https://gallery.mailchimp.com/d552fd66716b81b8fb8f922cc/files/12ab815c-2...ée_Bracelone.pdf

  • Défense Légitime, par Véronique Sousset

    Défense légitime, par Véronique Sousset, Éditions du Rouergue, 2017, 135 p., 16 €.

    "Quiconque lutte contre un monstre devrait prendre garde dans le combat à ne pas devenir monstre lui-même. Et quant à celui qui scrute le fond de l'abysse, l'abysse le scrute à son tour".

    C'est pas du Bashung, ça mon pote, c'est du Nietzsche (et ça, c'est du Renaud).

    Pourquoi défendre un monstre, celui qui a commis l'innommable, l'indicible, le pire : tuer son propre enfant, sa petite fille, en lui fracassant la tête contre une baignoire, après une escalade de cruautés ?

    "Parce que tout être humain à le droit d'être défendu au nom des lois de la République, de ses valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. Et si défendre n'était pas excuser, ni trouver des circonstances atténuantes, mais expliquer, donner du sens, guider sur le chemin escarpé de la vérité, pour juger en connaissance de cause, surtout quand la peine encourue est lourde ? ... Et s'il n'y avait pas de monstre, juste un homme, derrière la monstruosité des faits ?"

    Véronique Sousset a d'abord été directrice de prison, avant de passer de l'autre côté des barreaux. Elle était avocate depuis peu lorsqu'elle a accepté d'être commise d'office pour défendre ce père infanticide dont le seul nom suffisait à révulser toute sa ville, en ce compris ses codétenus. Elle témoigne.

  • Hong Kong blues, par Alain Berenboom

    Hong Kong blues, par Alain Berenboom, Genèse édition, 2017, 317 p., 23,50 €.

    « Les exigences de la procédure sont parfois tortueuses … Autrement dit, la justice est incompréhensible. Comme dans tout pays civilisé ! Si vous vous retrouvez en prison, pas d’inquiétude, ce sera pour de bonnes raisons … ».

    Ce n’est pas un roman policier. Oui, il y a une morte, un commissaire et une enquête. Mais ils ne sont ni les personnages principaux, ni le véritable ressort de l’histoire. Les personnages principaux ce sont, d’abord, Marcus Deschanel, écrivain plus ou moins raté (plutôt plus que moins d’ailleurs : si son premier roman lui a valu une certaine notoriété, depuis, il court derrière son passé) qui échoue un peu par hasard à Hong Kong, et puis celle-ci même, cette ville coincée entre deux empires, deux civilisations, comme enserrée dans un étau.

    À peine arrivé à Hong Kong, Marcus s’est fait voler son passeport. Et il est reparu quelques heures plus tard, dans le sac à main d’une jeune manucure assassinée … Le voici donc coincé là-bas, avec très peu d’argent, un avocat qui semble juste bon à faire tourner son time sheet et, pour tout soutien, une aussi énigmatique qu’évanescente policière qui, d’une façon surprenante, semble l’avoir pris en sympathie. À moins que … ?

  • Le secret professionnel des travailleurs sociaux est menacé

    Je participais, ce 8 février 2017, à l'émission de Fabienne Vande Meerssche, le Forum de l'Info, sur la première, en compagnie de Yvon Englert, recteur de l'ULB, Georges Dallemagne, député CDH, et Jean Spinette, président des CPAS Bruxellois.

    Retrouvez ici ce débat (mon intervention, à partir de la minute 41).

    http://www.rtbf.be/auvio/emissions/detail_midi-premiere-le-forum?id=8635

     

  • Récit d'un avocat, par Antoine Bréa

    Récit d’un avocat, par Antoine Brea, Québec, Le Quartanier, 118 p., 13 €.

    « De toute façon, il faut le reconnaître, j’étais dans un état de grande nervosité. J’allais entrer pour la première fois en prison et me tenir en présence d’un assassin. L’idée m’impressionnait et en même temps me plaisait ».

    Un jeune avocat se voit chargé d’assurer la défense d’un kurde, condamné – une quinzaine d’années plus tôt – à trente ans de prison pour un assassinat atroce. Il craint d’être renvoyé en Turquie à l’issue de sa détention, certain qu’il y serait attendu par un comité d’accueil qui n’aurait rien de charmant.

    Cette mission va fortement l’ébranler. Que peuvent réellement un avocat, la justice, le droit, pour un criminel de droit commun immigré, isolé, coupé de toutes ses racines ?

    Il y a une petite musique interne dans ce livre, faite de mélancolie, de solitude et de désespérance.

  • Journée de l'avocat en danger : une lettre commune au président Xi Jinping

    A l'occasion de la journée de l'avocat en danger, les présidents et bâtonniers des barreaux  et associations d'avocats du monde adressent une lettre commune au président de la République populaire de Chine : disparitions, emprisonnements, tortures, non renouvellements de licences professionnelles, privations de nourriture, d'eau, de sommeil, de médicaments, refus d'accès à un avocat librement choisi, confessions forcées, harcèlement, intimidations des membres de la famille, ...

  • Tabou, par Ferdinand von Schirach

    Tabou, par Ferdinand von Schirach, Gallimard, 2016, 227 p., 19 €.

    « Tu ne comprends donc pas ? Je faisais fausse route. La beauté n’est pas la vérité… La vérité est atroce, elle a l’odeur du sang et des excréments. Elle est le corps éventré, elle est la tête arrachée de mon père ».

    Ainsi se termine Vert, le premier des quatre volets de ce conte (plutôt que roman à mon estime).

    Sebastian von Eschburg avait dix ans quand son père s’est tiré une salve de chevrotines dans la tête. Il est devenu un homme peu sociable, peu cernable, mais aussi un photographe réputé, dont les œuvres s’arrachent à des prix très élevés. La dernière est inspirée par un travail de Sir Francis Galton qui, au début du XIXe siècle, tenta d’isoler les caractéristiques physiques du mal en superposant et fusionnant les photos de nombreux criminels. Il n’obtint que le même résultat que Sebastian lorsque celui-ci fit de même en superposant les corps de dix-huit jeunes femmes : l’image de la beauté.

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